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Informations pratiques

Informations pratiques


DES OEUVRES POUR L'ESPACE URBAIN DE TOUS LES JOURS

L'association in situ invite des artistes, depuis 1994, à concevoir des oeuvres spécifiques pour la ville d'Enghien-les-Bains.

Cette petite ville, située à quelques kilomètres au nord de Paris, est connue pour son casino et pour son lac - dont l'ouverture lumineuse dans l'espace urbain apporte toujours une sorte de dépaysement au regard du citadin qui le découvre.

L'été 1998 est le moment de la deuxième biennale, et huit artistes ont été invités à intervenir en divers endroits de la ville : Catherine Beaugrand, Bogomir Ecker, Jan Kopp, Susanna Niederer, Erik Samakh, Beat Streuli, Akio Suzuki, Franz-Erhard Walther; par ailleurs, les oeuvres de Dominique Bailly et de Jean-Marie Krauth sont encore là (voir plan p 2 & 3)

Depuis 1994, la manifestation se partage en deux tempo.

D'une part, de temps en temps, une oeuvre est mise en place, ou bien une performance a lieu ; ce tempo est celui du temps long, de la vie quotidienne dans laquelle, parfois, un moment se distingue des autres, sans que l'on devine toujours très bien pourquoi.

Et d'autre part, il y a le rendez-vous de la biennale, moment fixé sur un calendrier, qui réunit en même temps plusieurs oeuvres et qui accueille de nombreuses personnes. Certaines oeuvres sont enlevées après la biennale, d'autres restent encore, pour une durée variable. L'idée d'un accord entre ces deux tempo appartient au principe fondateur de la manifestation. Les oeuvres dans la ville sont là au profit d'une rencontre - avec le monde et avec les autres personnes - et pour que cette rencontre ait lieu en milieu urbain aujourd'hui, je crois qu'il faut laisser l'oeuvre être là sans trop prévenir de son arrivée, sans trop la relier non plus au contexte artistique;

car celui-ci, en entourant l'oeuvre, risque d'empêcher la liaison avec le contexte proprement urbain. La rencontre se déploie mieux à titre individuel dans une découverte non programmée.

Par ailleurs, il est nécessaire à un moment donné de rendre la manifestation publique, de faire partager au plus grand nombre les rencontres avec les oeuvres; c'est-à-dire de faire connaître, de donner un nom à une présence qui avait peut-être été perçue mais non reconnue et distinguée du milieu.

Les oeuvres sont disponibles à chaque instant dans l'espace urbain, de jour et certaines aussi de nuit, et elles ne doivent pas être confidentielles. Elles s'adressent au public autrement que de manière privée. Le moment de la biennale, qui dure un été, est celui de l'échange et de la parole, afin que, pendant les autres moments de l'année, la mémoire plus ou moins involontaire active à nouveau les oeuvres et les lieux.
C'est pourquoi les événements prévus par in situ débordent le cadre précis de la biennale, et c'est pourquoi les oeuvres réalisées apparaissent plutôt sur un mode ouvert, comme des invitations.

Avec la deuxième édition de la biennale Eaux de Là, in situ poursuit la conception initiale placée sous le signe d'une attention au site, et la développe, depuis 1997, en engageant également l'écoute. Les oeuvres conçues pour Enghien-les-Bains proposent des mises en jeu de la perception et peuvent relativiser les points de vue habituels. Deux manières d'engager chaque personne dans une approche sensible et ludique de l'espace ordinaire ainsi que dans une mise en interrogation de sa situation.
Autrement dit, la personne qui s'étonne, qui s'amuse ou qui se demande bien ce que cela peut être, cette personne qui fait l'expérience de l'oeuvre, là où elle est, repense, de manière plus ou moins consciente, la relation qu'elle entretient avec le site ou milieu.

Nous souhaitons que les oeuvres attirent la personne qui passe, et qu'elles la mobilisent à des degrés variables en étant plus ou moins visibles, audibles, repérables et analysables, en jouant parfois sur une difficile distinction immédiate vis-à-vis du milieu, ou bien au contraire en lui demandant une participation, ne serait-ce que minimum. De même, si quelques oeuvres peuvent se découvrir un peu par hasard dans l'environnement quotidien de la ville, d'autres sont situées dans les jardins publics en bordure du lac et d'autres encore ne sont visibles ou vraiment audibles qu'en empruntant un pédalo. Par ailleurs, l'expérience des oeuvres le prouve, leur discrétion n'implique pas leur dissolution dans le contexte. Simplement, plutôt que d'engager un rapport de force et de s'exhiber, elles coexistent avec ce qui les environne.

Le double parti-pris du jeu et de la discrétion permet d'organiser une présence rebondissante des oeuvres, telle qu'elle puisse intégrer la mobilité des citadins ainsi que leur mémoire. D'autant qu'elles tissent un réseau invisible dans la ville, et que parfois elles se croisent, par exemple, à partir de l'oeuvre de Franz Erhard Walther on peut entendre celle d'Erik Samakh.

Pour cela, les oeuvres n'imposent pas un langage tourné sur elles, bien au contraire. Il s'agit, avec cette manifestation, ni d'exposer des objets d'art, ni de marquer le territoire, ni d'inscrire une histoire, ni de placer les êtres et les choses sous une quelconque autorité, mais de susciter, comme je l'écrivais précédemment, une rencontre sans donner de préalable ou de mode d'emploi.

Catherine Grout
Commissaire de la manifestation





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